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fressozi

Pseudo: Isabelle FressozCatégorie: ArtDescription:
Carnet de bord d'une artiste, notes et impressions au jour le jour
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Samedi 21 Octobre 2006

Voici le texte intégral d'un entretien avec Siudmack, qui m'a beaucoup servi dans la rédaction de ma maîtrise. C'est un homme charmant, ouvert et chaleureux, absolument pas prétentieux. Il nous a reçues, mon amie Stéphanie (caméra au point) et moi (bloc notes en main) pendant une heure 1/2. Nous avons eu la chance de voir ses toiles en vrai et de parler avec lui, j'en garde un souvenir impérissable.


Jusqu’au milieu du XIXème siècle, la peinture d’Histoire était au sommet de la hiérarchie des genres. Aujourd’hui on ne peut plus peindre l’Histoire de la même façon puisqu’elle nous parvient en temps réel dans les images de l’actualité. Est-ce la raison pour laquelle vous vous êtes fait le peintre d’une Histoire inventée ?

Oui, tout à fait, c’est pour cette raison. Je suis le peintre de l’Histoire future : j’invente « l’Histoire ». Il y a des peintres, notamment dans l’Histoire polonaise, qui ont en quelque sorte inventé l’Histoire parce qu’ils ont inventé les visages de personnages historiques qui existaient réellement, mais pour lesquels il n’y avait pas de support visuel de leur passage sur terre, de leur action ; alors ils ont inventé leurs visages. La plupart des gens connaissent le visage des différents rois grâce à ces peintres là. C’est une peinture Historique, mais assez étrange aussi.

Il y a de nombreuses références à la mythologie dans vos tableaux. Je pense en particulier à Fortune, avec la corne d’abondance. Est-ce pour vous le moyen de vous rattacher à la peinture d’Histoire ?

Non, je ne pense pas que ce soit voulu. J’ai été élevé avec la mythologie. C’étaient mes premières lectures et quand j’étais jeune j’étais très sensible à tous les contes qu’on raconte aux enfants. D’ailleurs, dans la littérature polonaise on utilise une autre formule pour débuter les contes pour enfants. En France on dit « Il était une fois », en Pologne on dit « Derrière les sept montagnes, derrière les sept forêts ». Très rapidement, pour un enfant qui écoute cela, les choses deviennent plausibles, concrètes et plausibles.

Il sort de là, il voit une petite montagne, qui est grande pour lui, immédiatement il s’imagine qu’il y a quelque chose de magique là, tout de suite, alors qu’en France c’est très abstrait. En Russie par exemple c’est encore plus historique parce qu’on dit « Je blou tsar », ce qui veut dire : « Il était une fois Tsar ». Cela plaque historiquement très vite la chose. J’ai été baigné dans cette littérature de mythologie régionale. J’ai toujours aimé cela parce que j’y voyais la possibilité d’abattre toutes les barrières, c’est à dire toutes les possibles exclusions. Quand je signe des bouquins, souvent j’utilise des citations : « seuls les rêves peuvent franchir d’inaccessibles obstacles ».

Tout à fait comme la citation de Shakepeare dans votre livre…

Oui. Cette citation n’est pas complète et vous connaissez certainement la suite : « Nous sommes faits de la même matière que les rêves et nos pauvres vies sont enrobées de sommeil » C’est tout à fait notre histoire, ça. Je pense que je vais continuer à utiliser ce texte de Shakespeare comme la phrase qui s’attache de la façon la plus étroite à ce que je fais.

Vous êtes à la fois peintre et illustrateur. Lisez vous les romans que vous illustrez ?

Je pense que je ne suis pas illustrateur. D’une façon définitive parce que quand j’étais à l’école des Beaux-Arts, nous avons eu la possibilité d’étudier la peinture ; ce sont des ateliers très différents. L’illustration est un atelier très différent, le graphisme est un atelier différent, la peinture, la sculpture, la gravure, sont des ateliers différents. Je ne suis pas illustrateur parce que je n’ai pas l’esprit ni l’attitude d’un illustrateur. Un illustrateur, c’est quelqu’un qui est capable de coller son travail sur le texte, de convertir le texte en image. Ce qui n’est absolument pas mon cas parce que dès que je sens qu’il y a une contrainte, j’essaie de me détacher immédiatement de cela. J’ai plutôt l’attitude d’un poète qui essaie de synthétiser des choses, un univers, et de le décrire avec ses propres mots. A chaque fois, si je pense à un texte quelconque, de science-fiction par exemple, une fois lu, la seule chose que je retiens c’est ce qui est essentiel, la genèse et le départ de l’œuvre : c’est à dire une histoire d’amour ou le temps qui passe, et c’est uniquement cela qui est valable pour moi. Je ne retiens absolument pas, et cela ne m’intéresse pas de le retenir, tout le profil littéraire qui a été élaboré, avec les descriptions, par l’écrivain. Donc je ne suis pas du tout illustrateur et je pense que ce qui apparaît sur le bouquin c’est une action parallèle par rapport à la littérature. Que ce soit une poésie, un film ou une pièce de théâtre, cela produit sur moi le même effet lointain que même l’actualité. Je suis comme cela.

Est-ce que vous lisez quand même ?

Non, maintenant je n’ai absolument pas le temps. Il suffit de connaître un peu le profil. Mais je ne fais pas d’illustrations. Souvent ce sont des thèmes. Je ne peux pas procéder comme un vrai illustrateur.

D’accord. C’est plutôt parallèle, effectivement.

Je pense qu’on peut dire que c’est quelque chose de parallèle.

Est-il arrivé qu’à l’inverse un écrivain soit inspiré par une de vos peintures au point d’en écrire l’histoire ?

Oui, c’est très fréquent. D’ailleurs il y a eu des ateliers comme cela dans différents festivals ou conventions de science-fiction, dans des ateliers d’écriture, où les écrivains avaient comme devoir justement de prolonger l’histoire. Et cela c’est normal car chaque tableau contient une genèse, c’est à dire une idée qui va servir comme tremplin pour l’écrivain. J’ai pour attitude normale de relier tout à ce tremplin, donc automatiquement un écrivain se sent à l’aise puisque tout est possible pour lui, à partir de cela. D’ailleurs, pour un acteur aussi. Une chose importante : je ne pourrais jamais être illustrateur pour une raison simple. Quand j’étais jeune on m’a offert un bouquin sur la mythologie. Sans doute avais-je déjà une certaine imagination : quand j’ai lu le texte et regardé les images qui accompagnaient ce texte j’étais totalement déçu par cela, je me disais « ce n’est pas comme cela, ce n’est pas possible », j’imaginais autrement et je pense que la responsabilité des illustrateurs est très grande parce qu’ils embarquent les gens sur une voie souvent médiocre car l’écrivain utilise tout un tas d’astuces pour mettre une sorte de brume dans le paysage ; quand il décrit un personnage c’est toujours très flou pour tout simplement faire profiter ou amplifier son œuvre par l’imagination de chaque lecteur et donc un mauvais illustrateur peut complètement « ratatiner » la puissance de l’œuvre. C’est très dangereux. Rien que pour cela, je ne le ferai jamais.

Avez-vous déjà envisagé d’écrire des textes qui accompagneraient vos peintures, sous la forme d’un roman illustré ou d’une bande-dessinée par exemple ?

Non, parce qu’un de mes traits de caractère, c’est une impossibilité de répéter deux fois la même image. Je ne supporte pas cette chose là. D’autre part je pense qu’on va faire pour ma nouvelle exposition des petits textes non explicatifs qui embarquent les gens sur une voie. Et puis l’écriture n’a pas une grande importance pour moi parce que j’ai occulté cette capacité. Quand je suis venu en France je me suis trouvé subitement mué, incapable d’écrire donc je me suis déporté totalement vers l’expression de peintre Si on n’exerce pas cette capacité on ne peut pas se considérer comme quelqu’un de valable. Je ne suis pas valable dans l’écriture. Ce n’est pas mon domaine.

Vous êtes peintre.

Je suis peintre.

Passez vous beaucoup de temps sur une peinture ? Par exemple, faites vous beaucoup d’études préparatoires ou bien s’agit-il plutôt d’une création spontanée à chaque fois ?

Non. J’ai fait beaucoup de créations spontanées quand j’étais peintre abstrait, quoique l’on peut être aussi très spontané en figuratif. Le dessin est toujours une œuvre très spontanée. C’est pour cela que je fais beaucoup de dessins, notamment ce dessin là: c’est la deuxième phase. La première phase est une phase très spontanée, un peu comme une écriture maladroite. Je passe beaucoup de temps sur une peinture après une période spontanée qui ne demande pas à être amplifiée, notamment par l’écoute de la musique, qui se fait dans le calme justement parce que c’est une création pure. Le dessin, la création d’une idée, est une création vraiment pure. Donc cela demande une certaine concentration et du calme. Par contre ensuite quand je réalise le tableau j’ai besoin de beaucoup de temps parce que c’est une technique un peu classique. Il faut travailler comme un artisan. Etape par étape.

J’ai posé cette question parce que j’ai trouvé des rapprochements entre votre peinture et celle de Ingres, par exemple, qui reprenait énormément, qui épurait ses dessins et pouvait passer quatre ans sur un même tableau ; mais au moment où il avait vraiment l’idée en tête c’était une réalisation rapide…

Rapide mais dans un sens artisanal. Il faut le temps nécessaire pour faire ça. Je crois que Ingres travaillait effectivement assez rapidement. Je suis fasciné par la technique des grands maîtres du genre de Ingres, Le Caravage ou les italiens parce que c’est encore cette technique qui est la plus noble et celle qui permet de la façon la plus habile de passer de l’idée, c’est à dire du dessin, à l’état du tableau fini, de la création finie, celle qui peut provoquer un effet. Je n’en ai pas trouvé d’autre parce que j’ai utilisé toutes sortes de techniques, notamment toutes les techniques qui sont utilisées pour les tableaux abstraits, donc tout : la peinture avec le sable, avec les enduits, avec la spatule, avec les mains, avec les chiffons, avec tout. Et puis finalement je pense que si on a la chance d’avoir un don, parce que, hélas, la différence entre les artistes qui utilisent la peinture non figurative comme moyen d’expression et ceux qui travaillent dans la peinture réaliste c’est un certain don : un don c’est quelque chose d’extrêmement rare. La peinture s’est tellement popularisée ces derniers temps que cet art, qui était si jalousement gardé par des académiciens, subitement s’est ouvert à tout le monde : comme c’est flatteur de se sentir artiste sans payer pour cela, sans avoir le don, sans travailler...

Il y a eu une époque – je connais bien cette période, j’ai participé à tout cela – où beaucoup de gens – des gens extrêmement habiles - se sont engouffrés dans ces histoires et ont commencé à habiller le peu de contenu que l’on pouvait trouver dans un tableau abstrait avec des théories de plus en plus complexes, qui n’étaient pas faites par eux mais par des amis écrivains ou philosophes, ce qui fait qu’il y avait un décalage de plus en plus grand entre le faible contenu d’un tableau abstrait et la richesse du contenant qui commençait à ne plus se soucier du tableau qui est devenu de plus en plus faible, de plus en plus mou et minimaliste. Le discours s’est déplacé, il est venu s’installer au départ entre le tableau et les spectateurs et ensuite il a envahi les spectateurs et le tableau n’existe plus et maintenant les spectateurs racontent son histoire devant un mur vide. Je pense qu’il y a une certaine phase dans tout ça ; en tout cas je n’ai pas voulu participer à ça, je me suis arrêté à un certain moment.

Il y a une raison très personnelle et très douloureuse pour laquelle je me suis rendu compte que ce n’était pas du tout ma voie, c’est quand – vous êtes prof donc vous pouvez comprendre ça - c’est quand j’étais au lycée. J’avais à l’époque quinze- seize ans, c’était un lycée des Beaux-Arts, un lycée de haut niveau vraiment car si j’ai appris quelque chose dans la peinture c’est là-bas et non pas à l’école des Beaux-Arts ; nous avions un professeur très exigeant qui nous demandait de travailler pendant les vacances. Peu importe ce que l’on faisait, il s’agissait juste de travailler ; ensuite après les vacances on se rencontrait dans la classe . Chaque élève accrochait sur les murs tout ce qu’il avait fait pendant les vacances et racontait son histoire, ses vacances. Cette année là j’ai vécu un vrai drame dans ma famille parce que nous avions appris que mon père était gravement malade et que peut-être il allait mourir immédiatement ou en tout cas dans un délai très bref, et je voulais exprimer ce choc d’une façon artistique puisque c’est ce que je savais faire. A l’époque on était passionné par Matisse, Picasso, tous ces gens de plus en plus abstraits. J’ai essayé d’exprimer tout ça par cette technique, par ce mot « abstrait » et j’ai donc fait un dessin genre Picasso. J’ai vécu d’une façon extrêmement intense cette façon extrêmement maladroite, très tendue : une façon très particulière, maladroite et sophistiquée en même temps. J’ai fait des dessins qui exprimaient ce cri, cette douleur, ce drame épouvantable. Tous les élèves étaient très sensibles ; certains sont devenus des grands peintres, des historiens d’art, des gens vraiment très sensibles et très intelligents. Personne n’a senti ce que je voulais exprimer parce que je n’ai rien dit : je n’ai pas donné de titre, je n’ai pas « appelé » cette chose là, ce qui arrive souvent dans la peinture abstraite où pour aiguiller le lecteur on donne des titres. J’étais complètement désespéré parce qu’en fait la peinture, ça sert quand même à s’exprimer, à dire quelque chose… En fait j’ai donné tout ce que j’avais en moi et c’était comme si je n’avais rien fait. C’était tout juste si les copains ne ricanaient pas parce qu’ils trouvaient que c’était rigolo. Je me suis senti totalement trahi par ce moyen d’expression et j’ai refusé d’abord d’une façon déjà définitive. Mais il y avait l’école, c’était très à la mode. Il y a eu ensuite les Beaux-Arts donc j’ai continué tout ça sans vraiment croire à cette histoire et quand je suis arrivé à Paris c’était le début du Nouveau Réalisme : il y avait Rauschenberg qui nous fascinait. Il y avait un petit retour vers le réalisme et l’utilisation des éléments réalistes dans la peinture abstraite : un mélange de réalisme et d’abstrait, des gestes abstrait ou des traces abstraites
 

Je me suis engouffré dans cette direction et petit à petit et de plus en plus, j’allais vers le Réalisme ou vers le Fantastique. Je voulais dire quelque chose : je trouvais vraiment « débile » de me trahir ou de tricher vis à vis des gens parce que notre gymnastique consistait d’abord à raconter n’importe quoi aux spectateurs qui pensaient que c’était quelque chose d’extrêmement réfléchi alors que c’était une blague. Finalement j’en avais assez de cette attitude et je me suis éloigné. Je me suis éloigné parce que je savais dessiner très bien depuis tout petit ; j’étais vraiment très doué pour le dessin et j’ai pu faire ce demi-tour parce que j’avais la capacité et la volonté, parce que j’avais ce don. Mais j’ai mis quand même pour pouvoir dessiner comme ça dix ou douze ans à nouveau, aussi longtemps que le temps que l’abstrait m’a arraché. Dix ou douze ans pour l’abstrait, ensuite le même temps pour apprendre à nouveau à dessiner parce que je ne savais plus. Je savais dans la tête, je savais que tout était dans la tête mais quand j’ai commencé à dessiner c’était pas ça.. J’étais particulièrement malheureux.

Donc il vous a fallu une grande discipline pour atteindre le niveau que vous avez maintenant

Ce n’est pas une discipline. C’est une volonté. Ce n’est même pas une volonté, c’est un désir. Un grand désir de récupérer les moyens que j’avais avant.

Aujourd’hui, est-ce que vous vous imposez une discipline particulière ? Un emploi du temps régulier, ou …

Non, je pense que cela n’existe pas ces choses. Comment peut-on…

Je sais que certains peintres décident de peindre de 9h à 15h tous les jours…

Cela n’existe pas.

D’autres attendent l’inspiration…

Je ne pense pas que l’on puisse nous manipuler comme ça … Si ça vient naturellement, oui, d’accord. Mais on ne peut pas. J’ai toujours refusé d’avoir un atelier en dehors de la maison parce que je ne considère pas cela comme un travail et pour moi, chaque tableau est un recommencement. Je me considère devant ce dessin qui va devenir certainement une lithographie ou une gravure … que je suis parti comme si je ne savais absolument rien. Chaque tableau est une nouvelle aventure et la modestie de la vie exige que l’on se dise au départ que tout est à faire, non pas à refaire mais à faire. Il faut tout prouver à nouveau.. Donc je ne pense pas qu’en s’infligeant une discipline de 15h jusqu’à 19h … La vie nous oblige à travailler un peu comme ça, mais la muse, c’est à dire l’inspiration, ne vient pas parce qu’on l’a décidé. On travaille … Je pense que je ne sais pas quand je travaille et quand je ne travaille pas. Pour résumer, c’est un peu ça..

C’est à dire que vous pouvez donner l’impression de ne pas travailler, mais vous réfléchissez, vous pensez, vous créez dans votre tête.

Je pense que c’est pour ça que je ne voulais pas avoir l’atelier ailleurs, parce que je me lève le matin, je fais quelques notes, un jour comme ça, un autre jour comme ça, il n’y a jamais deux journées identiques. Je ne veux pas que ce soit stéréotypé ou identique, je ne supporte pas ça. Je ne veux pas un rythme bête comme ça.

Vous ne vendez pas vos peintures originales, enfin d’après ce que j’ai cru comprendre, uniquement vos reproductions. Est-ce une stratégie commerciale, ou bien est-ce que cela correspond au désir de savoir vos peintures plus près de vous, que ce soit chez vous ou dans une collection telle que celle du Musée de l’Imaginaire par exemple ?

Depuis une dizaine d’années, je vends. Il est vrai que pendant longtemps je ne voulais pas vendre mes tableaux, parce je n’en avais vraiment pas envie ! Je n’avais pas envie de les vendre. Je pense que les gens qui sont déracinés cherchent par tous les moyens d’enraciner. Mes racines, c’est un petit peu d’avoir mes tableaux avec moi. Mais quand j’ai vu que les enfants ont grandi et que cela n’avait plus aucun sens, j’ai commencé à vendre mes tableaux, mais je suis absolument incapable de faire des tableaux pour vendre. C’est encore une autre attitude. Peut-être y-a-t-il des gens qui se considèrent peintre comme un boucher, un boulanger qui sait qu’il ne pourra rien faire avec ce qu’il a fabriqué ; donc il vend. Je ne fais pas du tout pour vendre, je fais des tableaux pour moi et ensuite quand c’est vendu, c’est toujours assez douloureux mais je ne le fais du tout en pensant qu’il faut que je fasse des tableaux parce qu’ils vont être vendus. Je ne supporterais pas cette attitude. Chaque tableau est enfanté dans la douleur, il est vendu un peu dans la douleur. Ce n’est pas un acte anodin.. On voit le tableau qui a été fait sans amour, qui a été bâclé comme certains tableaux de Rubens qui inondent toutes sortes de musées. C’est rien, tout ça, c’est vraiment rien, il y a juste quelques touches de Rubens. Non, ce n’est pas mon problème. D’ailleurs c’est notre chance actuellement de pouvoir s’organiser. Cela n’a pas existé avant. Ou alors pendant la Renaissance, il y avait des cas totalement exceptionnels où les mécènes étaient en accord avec les créateurs. Le créateur n’avait pas tellement l’impression de faire quelque chose pour vendre, mais de laisser son travail pour quelqu’un qui était comme lui, et c’est autre chose. Si c’est comme cela, il n’y a pas de problème. J’aime bien savoir où le tableau va et ça me fait très plaisir. J’ai fait une exposition en Pologne. En Pologne maintenant il y a beaucoup de gens très riches, c’est un pays qui se développe à une allure assez incroyable parce que la Russie est gigantesque. C’est comme si à la place de l’Allemagne on avait ici l’Amérique. C’est quelque chose d’extraordinaire. Il y a des gens très riches qui achètent. Ce n’est pas comparable, comme ici en France, mais il y quand même des gens qui ont beaucoup d’argent et il y a une personne qui a installé un étage chez lui pour accrocher quelques peintures de moi parce qu’elle aime ça. Comme ça c’est super. C’est vraiment super parce que je pense qu’on a une certaine ressemblance d’esprit.

Vous savez où sont vos tableaux.

Oui, plus ou moins. D’une façon lointaine, mais ils sont chez quelqu’un qui apprécie. En tout cas, cela sert à quelque chose.

Nous vivons à une époque de multiplication de l’image. Le fait de diffuser des images vous permet d’être connu. N’est-ce pas aussi le signe de votre appartenance à une époque précise, et le moyen de montrer que vous êtes un peintre réellement contemporain ?

Certainement. C’est très bien formulé mais il faut que vous sachiez que la lithographie pendant la Renaissance ; pardon, la gravure ; était le constat d’aujourd’hui. On faisait de la gravure non pas parce que la technique était belle, mais tout simplement pour reproduire un certain nombre de travaux et se faire connaître un peu partout.

 C’est ce que faisait Rembrandt, qui était connu dans toute l’Europe grâce à la gravure…

Oui, comme bien d’autres. Tous ces gens là travaillaient comme cela, ils ont trouvé cette astuce pour se faire connaître.

Vous êtes dans cette continuité, finalement, d’une multiplication de l’image par rapport à une tradition qui existait déjà.

C’est la preuve que c’est un art noble qui n’est pas du tout industriel. Etant conscient de cela, depuis vingt ans on a pensé : « comment faire pour dire qu’on existe ? » Pour faire un tableau il faut par exemple un mois ou deux mois. Comment faire pour que cent personnes en même temps puissent savoir immédiatement qu’on est là et qu’on travaille ? C’est pareil. Evidemment les méthodes se sont raffinées, avec la télévision et Internet. Je pense que je suis un peintre d’aujourd’hui et presque de la Renaissance en même temps.

Les deux.

Les deux, par les interrogations intellectuelles d’abord de la Renaissance puis d’aujourd’hui, et par la technique d’abord d’aujourd’hui, puis de la Renaissance.

Je pense que vous m’avez déjà répondu à cette question : je voulais vous demander comment vous vous situiez par rapport à l’évolution de l’art au XXème siècle et comment vous en étiez venu à être un peintre de l’imaginaire 

On peut compléter. Je pense qu’on ne peut pas choisir cette voie. Ce n’est pas une voie, c’est un destin. On n’est (naît ?) comme cela. On sent très rapidement chez les peintres qui font de l’imaginaire des limites, quand ce n’est pas lié avec le don ou le destin. Quand on a quelque chose à dire, on le dit, on ne cherche pas. C’est la très grande différence. Vous êtes envahi par une certaine richesse de choses dont vous voulez faire part aux autres. Vous partagez cette richesse. On ne peut pas apprendre cela. Vous emmagasinez tout cela malgré vous. C’est lié àdes tragédies, à des choix qu’on ne peut pas contrôler, dont on est rempli malgré soi. Si on a quelque chose à dire, on le dit. Sinon, on ne peut pas. On ne peut pas apprendre.

Vous le dites.

Il y a dans votre œuvre une sensation générale d’intemporalité : comme si la scène que vous représentez se situait en dehors du temps. Est-ce une volonté délibérée de votre part ?

Inconsciente depuis tout petit, c’est sûr, et consciente maintenant. Je pense que depuis toujours j’étais, comme d’autres enfants, fasciné par la mort. J’ai rencontré hier une ophtalmologue qui m’a parlé de sa fille, qui a exactement les mêmes interrogations. C’est un tout petit enfant de cinq ans. Je me souviens qu’à cet âge là j’étais extrêmement troublé par le fait qu’il y avait des gens qui mouraient. Pourquoi mouraient-ils ? Quelle était cette limite, où s’arrêtait la route ? Pour chacun de nous c’est ainsi. Malgré nous, depuis tout petit on est intrigué par cela, et ensuite on fait avec.

Certains de vos tableaux annoncent clairement le thème du temps : c’est le cas d’Un instantimmobile ou du Temps apprivoisé. Cela signifie-t-il que le temps vous préoccupe particulièrement, ou bien n’est-ce qu’un thème parmi d’autres ?

Ce n’est pas un thème, c’est une préoccupation. capitale qui fait partie de ce que je fais. Cela se manifeste parfois par des thèmes. Quand je fais deux tableaux sur le même thème, effectivement, je me rends compte que c’est devenu un thème. Je ne fais pas exprès de peindre sur un thème, c’est quelque chose qui vient de très profond et j’essaie de le résoudre.

Faire le choix d’exprimer l’intemporel est-il une façon de fuir la réalité ?

Peut-être pas fuir, mais faire face ou la maîtriser. Dans mon cas, c’est plutôt cela.

Vous êtes à contre-courant des tendances de l’art moderne. Est-ce pour affirmer votre originalité que vous avez fait le choix de l’intemporalité ?

Je ne suis pas sûr que je sois à contre-courant. C’est un terrorisme de groupes intellectuels qui ont trouvé une certaine facilité dans des terrains qu’ils ont élaborés. Mais vous savez, des tendances ou des écoles, ça n’a jamais bien traversé le temps, le temps dans l’Histoire. Les seules choses qu’on peut regarder quand vous vous baladez dans les musées, les seules choses qui ont relativement bien traversé le temps et l’Histoire, qui se sont accrochées à l’Histoire, ce sont des cas particuliers, c’est à dire des gens qui avaient quelque chose à dire. Justement, quand je faisais de la peinture abstraite j’étais réellement gêné d’être dans un courant, ou dans une tendance, ou dans un groupe.

C’était la dictature du groupe, finalement.

C’est ça. Mais c‘était très rassurant, finalement. C’est un signe de faiblesse de faire partie d’un groupe parce que même celui qui est nul est entraîné par les autres ; il partage les idées et l’expression des autres. Parfois c’est valable, mais regardez le surréalisme de Dali. Il était dans un courant surréaliste, mais ça n’a rien donné. Ils se haïssaient et faisaient des chose très différentes. Finalement, Dali est resté seul parce qu’il avait quelque chose à dire.

Il n’était d’ailleurs même plus considéré comme surréaliste par les autres. Il a fait son propre chemin, tout seul.
Je pense qu’il est devenu surréaliste parce que c’était un peintre Fantastique, c’est tout. Fantastique dans le sens où il avait des thèmes Fantastiques à traiter. Nous devons beaucoup à Dali parce que c’est le seul, et je suis bien placé pour dire ça, c’était le seul – après il a eu Magritte, Delvaux – qui était obligé de faire face à cette espèce de marais de non figuratif. C’est pour cela qu’il était si agressif et faisait le clown. Quand vous écoutez ses déclarations, c’est profondément intelligent. Ca me gêne de regarder sons côté clownesque, c’est ridicule vraiment. Il y avait autre chose à faire que de faire le guignol. Mais d’une manière il y était obligé pour exister. Il a fait le don de sa clownerie et de son malheur à la postérité. Il nous a aidé à traverser un peu plus rapidement cette espèce de marais.

Est-ce parce que vous vous êtes éloigné de groupes, notamment le groupe des abstraits, que vous avez commencé à peindre des thèmes, thèmes ou ce qui vous semble le plus important pour vous, proches de l’intemporel ?

Non, cela n’a rien à voir. On est comme cela, ou pas. Je vais vous dire franchement : si j’étais encore abstrait, il est clair que j’utiliserais encore le thème, c’est à dire un support littéraire ou philosophique pour donner une certaine ampleur ou importance à la peinture. Mais étant donné que ce que je fais peut se défendre tout seul parce que c’est suffisamment riche au niveau technique et je dirais littéraire ou peut-être intellectuel, cela n’existe même pas cette attitude. Je fais, c’est tout.

Au-delà de la fuite du temps, il y a dans votre œuvre comme un temps suspendu où le mouvement est figé. Cela correspond-il au désir d’arrêter le temps ?

Si je pouvais, effectivement ! C’est fortement lié à mon histoire, c’est à dire à la perte de mes parents, que j’ai perdus quand j’étais jeune, et j’aurais certainement bien aimé arrêter le temps et revenir à ce qui m’a échappé d’une façon définitive et si douloureuse. C’est une tentative tout à fait désespérée d’un artiste qui a ce petit pouvoir : cette envie d’arrêter le temps, c’est dérisoire et ridicule, mais c’est comme cela.

L’univers que vous représentez est un monde utopique, qui n’existe pas. N’avez vous pas l’impression de vous réfugier dans une forme d’utopie ?

Certainement, c’est une utopie. Mais en fait j’essaie d’amplifier la réalité parce que la peinture Fantastique utilise une technique très réaliste pour traiter des thèmes extrêmement complexes qui n’auraient pas de corps si il n’y avait pas cette technique si précise, donc je ne me réfugie pas dans l’utopie et je fais face à la réalité et je parle de choses importantes ou graves. Par exemple , cela serait plutôt le message, ou mon héritage intellectuel pour les gens qui regarderont cela un peu plus tard, qui concerne ce troisième millénaire. C’est à dire, entrer dans le troisième millénaire. C’est mon héritage de l’an 2000.

Cela n’a rien d’utopique, finalement.

Non, pas du tout. J’utilise cette technique pour parler de la réalité parce que c’est la seule qui permet d’amplifier les mots d’une façon extraordinaire.

Le temps de vos peintures est un temps imaginaire : un temps arrêté ou encore un temps qui n’existe pas. N’est-ce pas une forme d’utopie du temps ? On parle généralement plutôt d’utopie de l’espace, mais il s’agirait là de se réfugier dans un autre temps ? Cependant vous annoncez le troisième millénaire d’une manière très réaliste …

Je suis assez contradictoire, mais il y a tellement de choses contradictoires dans la peinture… La seul façon d’être lisible auprès des gens c’est de diffuser cette expression « Réaliste Fantastique » pour parler de choses très réelles. A une certaine époque j’ai appelé ma peinture « Hyperréalisme Fantastique » pour accentuer davantage encore l’étrangeté de cette démarche parce que je veux parler de choses d’aujourd’hui, de mes choses à moi, puisque je vis aujourd’hui.

On pourrait dire que vous isolez des instants de la route du temps. C’est particulièrement flagrant dans Un instant immobile. Qu’en pensez-vous ?

Des instants de la route …

C’est à dire que le temps est fait d’instants successifs…

Oui, tout à fait. C’est notre seul petit pouvoir d’arracher le passé à ce temps qui coule d’une façon très régulière et définitive ; de lui arracher des petites parcelles. C’est une attitude assez consciente. C’est pour cela que j’utilise les visages de mes enfants (plus maintenant parce qu’elles sont grandes). Je me souviens que nous avions fait des photos pendant les vacances, que nous n’avons pas regardées tout de suite. Une année après, nous nous sommes rendu compte combien c’est incroyable de voir comme tout a changé : en l’espace d’un an l’enfant n’est plus du tout pareil et réellement pour moi c’était un choc. Je me suis dit « si je peux, modestement, juste pour mon plaisir, pour ma propre fierté, arracher quelque chose, arracher à chaque fois … » Arracher : j’essaie de faire un tableau en mettant les visages d’une de mes filles, ou mes deux filles, de ma femme, ou quelqu’un, figé. Figer quelque chose. C’est à dire barrer cette route avec des éléments figés, artistiquement figés.

Concernant ma prochaine question, je pense que vous m’avez déjà tout à fait répondu par rapport au fait que finalement vous jetez un défi au temps qui passe, et que peut-être c’est un moyen de conjurer la mort elle-même ?

Je n’ai pas cette prétention, mais il est sûr que c’est une manière humble d’accepter quelque chose. Dès que vous parlez de quelque chose, cela prouve que vous faites face à cela, que vous vous intéressez à ça, et c’est mon attitude.

Pensez vous que le rapport que vous entretenez avec le temps vous est spécifique, ou bien qu’il concerne également l’Art Fantastique d’une manière plus générale ?

Je pense qu’en gros c’est général et spécifique pour moi dans ce que je fais, mais qui dans la peinture ne s’interrogerait pas sur le temps qui passe ?

Je pensais plus à l’art Fantastique, c’est à dire aux autres peintres dont je vous ai parlés, Di Maccio, Giger, Beckzinski, d’autres peintres comme ça ?

Certainement. Nous avons ce moyen fantastique que sont ces pensées poétiques qui permettent d’englober, de synthétiser une pensée complexe. L’art Fantastique permet cela. L’art abstrait permet de faire cela aussi, seulement il est concrétisé non pas par le tableau, mais par la signature, par la face poétique. C’est ça qui me gênait justement : je ne concrétisais pas mes pensées sur la toile, mais en dehors de la toile.

La peinture est l’art de l’espace et non, comme la musique, de la durée. N’y a-t-il pas un paradoxe à vouloir traiter le temps dans la peinture ? Grosse question.…)

Quand je vous ai parlé de ça au téléphone, je vous aii dit que, à priori, on va plutôt aborder le temps dans la musique, l’espace dans la peinture, et vous m’avez répondu que finalement, la peinture, c’est le temps aussi.

Absolument. C’est le temps. Je vais vous dire pourquoi. D’abord il faut un certain temps pourconcevoir le tableau, mais étrangement on retrouve ce temps donné chez le spectateur. Beaucoup de gens qui regardent mes tableau ou d’autres tableaux disent qu’ils ont un grandplaisir à revenir et à retrouver les choses. On y consacre un certain temps. C’est un petit peu comme si on rembobinait, puis on débobinait. Nous, on essaie de faire un tableau qui est déroulé par le spectateur. C’est une durée, c’est du temps. N’y a-t-il pas un paradoxe à vouloir traiter du temps dans la peinture ? Oui, c’est paradoxal, c’est sûr. L’art est fait de paradoxes, constamment. C’est peut être sa grande force. On essaie de résoudre tous ces paradoxes, chacun à sa manière.

Vous m’avez dit aussi que vous vous considériez comme le peintre d’une Histoire inventée, étant donné que maintenant on ne peut plus réellement parler de peinture d’Histoire.

Tout à fait, le peintre d’une Histoire dans le sens historique.

Oui, dans le sens historique.

Une Histoire inventée, c’est très prétentieux mais c’est un peu ça. On essaie d’avoir une vision d’une Histoire qui peut arriver, qui est arrivée peut-être, mais d’une autre façon.. C’est effectivement un peu ça.

C’est un moyen détourné de revenir vers la réalité finalement.

Oui, parce que je pense qu’il faut être fou pour totalement s’échapper de la réalité.

Parlez moi encore de ce dessin que vous m’avez montré tout à l’heure.

Ca, ça peut être considéré comme une illustration, l’illustration de quelque chose qui est impossible à illustrer. L’Histoire est tellement distendue ; en fait c’est un problème un peu philosophique, plus qu’une histoire.

C’est à dire ?

En fait, c’est notre place dans l’univers, et ce qu’on va faire. La femme représente un peu l’esprit élevé, c’est pour cela qu’il y a une sorte de cathédrale sur sa tête. Nous sommes finalement esclaves encore de ce que pour véhiculer certains messages, aussi bien le peintre que le poète, utilisent ce qu’ils peuvent. Chacun utilise ce qu’il a dans la panoplie. Le personnage masculin porte la terre. Je me demande si je ne vais pas appeler ce tableau « Le Monde blotti dans les plis de la robe, ou de l’étoffe » parce que pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, quand l’être humain est parti dans l’espace on a vu la terre de l’univers, on a vu que ce n’est rien, juste une petite étoile parmi les autres, que c’est extrêmement fragile et qu’il faut la protéger un peu comme un enfant. C’est pour cela que j’ai fait cette petite planète dans les plis de la robe de la femme car souvent les enfants, moins maintenant, mais avant quand l’enfant était un peu effrayé il courait pour se cacher dans la robe de sa mère. La terre en est à ce stade là : la terre a besoin de l’être humain. Il était tellement prétentieux pendant longtemps qu’il l’a maîtrisée, abîmée. Il la maîtrise, il la porte. Mais qu’est-ce qu’on va faire avec tout ça, maintenant ? Je suis sûr qu’exactement les mêmes questions ont été posées à l’époque de la Renaissance, avec leur vision du monde et leurs limites Ils s’y sont intéressés de la même façon parce que quand vous regardez la peinture de Michel Ange qui a fait la chapelle Sixtine et notamment le « Jugement dernier » ou Dieu tend la main vers Adam qui est entouré par un groupe d’anges et un voile qui forme une sorte de coupole,. J’ai lu cet article quelque part dans la presse, d’un médecin américain qui a trouvé une similitude entre cette forme et la coupe du cerveau. Effectivement, j’ai pris le dictionnaire Bordas, j’ai recopié sur un calque la coupe verticale du cerveau et j’ai superposé sur le tableau.

Aphrodite, huile sur toile, 81 x 65 cm, 1993
 



 

 
 

Le hasard a voulu que les proportions soient à peu près pareilles et j’ai retrouvé exactement, à quelques millimètres près, mais pratiquement exactement, les courbes de toutes ces pliures du cerveau. Comme il a fait de la dissection pendant longtemps, il connaissait exactement l’anatomie. Il s’est posé exactement les mêmes questions que nous : où était l’esprit dans cette chair, quelle était notre place dans l’univers. Marco Polo était déjà arrivé avec l’image du Yin et du Yang, il s’est posé exactement les mêmes questions, peut-être d’une façon un peu plus riche que nous, parce que nous nous imaginons qu’en ayant la télévision, on sait plus ; qu’en tapant bêtement sur l’ordinateur, on sait plus alors que c’est pas tellement vrai.

 
On continue la même chose, finalement.
 

Peut-être que si un jour on s’échappe de la terre, qu’on va vivre sur une autre planète, peut-être qu’on va modifier notre regard. Mais pour l’instant on fait pareil que ceux qui vivaient au XVème siècle.

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