La découverte du travail de Gérard Di Maccio, Wojtek Siudmak et Hansruedi Giger, faite entre 1987 et 1990, a été déterminante dans ma recherche artistique. J’ai voulu en savoir plus et cela m’a amené à enquêter sur le Réalisme Fantastique, un mouvement relativement peu connu en France, si tant est qu’on puisse véritablement lui accorder une existence propre dans la mesure où ses frontières sont extrêmement mal définies : illustration, bande-dessinée, photographie, peinture, cinéma, etc.
L’influence du réalisme fantastique est double, voir même triple : littéraire et pictural, aussi bien que cinématographique. L’écrit et le visuel priment, suivis de près par le mouvement et le son apportés par les techniques les plus modernes. Issu de la science-fiction, le réalisme fantastique est en premier lieu un art d’illustration : couvertures de livres, posters et cartes postales. Une parenté étroite cependant le relie au surréalisme et à des artistes tels que René Magritte, Paul Delvaux ou Salvador Dali. Enfin, l’influence de films tels que L’Odyssée de l’espace 2001 de Stanley Kubrick est indéniable. La bande-dessinée est également très proche, si l’on considère le graphisme d’Enki Bilal et de Moebius, par exemple.
Le réalisme fantastique est un art hybride, au confluent de plusieurs formes d’expressions telles que la BD, le cinéma, et aujourd’hui l’hypermédia, tout en revendiquant une filiation académique issue notamment des peintres classiques Ingres et Bouguereau. Certains artistes vont même jusqu’à citer Léonard de Vinci ou Jérôme Bosch.
Ainsi, Wojtek Siudmak insère une citation de Léonard de Vinci dans le catalogue de son exposition de 1997 à Lodz, Pologne :
« La science de la peinture réside dans l’esprit qui la conçoit ; d’où naît ensuite une exécution bien plus noble que ladite théorie ou science. »
La maîtrise de la technique est un facteur incontournable du réalisme fantastique : l’artiste recherche la perfection d’une facture très lisse, où le coup de pinceau ne se voit pas. La règle académique du «fini » est primordiale : l’ensemble du tableau, ainsi que les détails, correspond à une finition parfaite. Nous sommes très proches du néoclassicisme de la première moitié du XIXème siècle, avec une peinture extrêmement «léchée ».
Toutefois, l’académisme de la technique s’accommode tout à fait des procédés modernes tels que l’Aérographe ou la peinture acrylique, réalisant ainsi une synthèse entre les savoir-faire anciens et modernes.
Mais la technique n’est pas tout. Siudmak, après léonard de Vinci, cite également Shakespeare :
« Nous sommes faits de la même étoffe que les rêves ».
Le rêve est en effet un composant essentiel du réalisme fantastique. Il permet d’ouvrir l’imaginaire à des visions surréalistes où temps et espace s’entremêlent, et où l’illusion de mirages fabuleux imprègne l’esprit. Les images projetées ainsi semblent venir d’un ailleurs si proche de nous cependant, car elles proviennent véritablement de notre inconscient.
En simplifiant à l’extrême, car nous avons vu que le réalisme fantastique est un art hybride au confluent de plusieurs formes d’expressions, qui de surcroît échappe à toute codification, nous pourrions le présenter comme un style issu du surréalisme (tous les artistes réalistes fantastiques, sans exception, semblent vouer un véritable culte à Dali) qui, tout en respectant les règles techniques de «la Belle Peinture », à savoir une peinture soucieuse d’une parfaite maîtrise du dessin, de l’anatomie et de la perspective, a pour objet de nous présenter des univers virtuels parallèles, où le réalisme est utilisé comme un langage permettant un ouverture vers le rêve et le fantastique. Il s’agit finalement, ni plus ni moins, d’une sorte de réalisme de science-fiction.