Avril 1987, rue de Turbigo à Paris. Un ami m’a parlé de cette galerie d’art au nom égyptomaniaque : la galerie Râ. J’en pousse la porte. Et c’est le choc. Une abondance de corps diaboliquement beaux, baignant dans une lumière blonde irradiante, m’assaille et me submerge. Je m’approche. Des êtres à la fois irréels et d’une précision anatomique extrême m’entourent. Ils semblent ailleurs, mais leur présence est si forte qu’un déroutant effet de trompe-l’œil s’ensuit. Je ne sais plus très bien où je suis. J’ai ouvert la porte d’un univers virtuel totalement bouleversant. Quelle va être désormais ma propre réalité ? La réalité physique du monde qui nous entoure ? Ou bien l’irréalité de cette atmosphère picturale ?
Un homme m’observe du fond de la salle. Je m’approche de lui, espérant en savoir plus sur l’artiste à l’origine des œuvres exposées. Chance inespérée, c’est lui. Je lui fais part de mon vif intérêt pour son travail. Il me demande si j’ai touché ses peintures. Evidemment, non. Toute une éducation d’interdits, du «défense de marcher » des jardins publics au «défense de toucher » des musées fait qu’il est difficilement concevable d’envisager de poser d’emblée la main sur une peinture dans une galerie d’art. L’artiste m’invite alors à toucher ses œuvres. La sensation tactile complète alors bizarrement la sensation visuelle. C’est lisse, le doigt glisse sans rencontrer la moindre aspérité, le moindre relief. Un peu comme la surface d’un réfrigérateur. C’est froid, mais, est-ce possible, d’un froid qui brûle…Le paradoxe de ce contact est très troublant. C’est un peu comme si l’extrême immatérialité de cette peinture était ce qui, justement, lui donne vie et réalité.
L’artiste me donne alors quelques informations sur son travail. Il voue une admiration sans borne pour les artistes de la renaissance, qui ont atteint des sommets inégalés dans le génie. Il attache une grande importance au savoir-faire et à la technique, qui constituent la base fondamentale de l’expression. Il peint, chaque fois que c’est possible, sur des panneaux de peuplier apprêtés et poncés, en utilisant la méthode des glacis, alternance de couches extra fines d’huile et de vernis successifs. Une recette d’atelier : il lui arrive d’utiliser du café pour donner à ses fonds une ambiance à la fois brune et dorée.
Nous parlons peinture pendant environ une heure. Le temps passe et s’enfuit, mais le souvenir de cette rencontre reste encore, douze ans après, mémorable. Le nom de l’artiste ? Gérard Di Maccio.